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| En 2004... Madeleine était déjà triste |
Il est resté là, prostré. Les musiciens avaient remballé leurs instruments depuis belle lurette. Les coussins étaient déjà rangés pour l'an prochain. Les techniciens démontaient la sono des arènes. Une pelleteuse à palan évacuait le dernier Victorino, tué d'une balle dans la tête. Le regard hagard, il ne l'a même pas vu. Il était là. Seul. Pieds nus. Désœuvré. Rempli de vin. Et rempli de chagrin...
Au terme d'une Madeleine encore ratée, il n'y croit plus. Il est triste. Il voudrait retrouver ses 20 ans.
Le public n'a pas réagi. Il comprend. Ca fait trop longtemps que ça dure. Les gens en ont assez d'être en colère, il y a tellement d'occasions plus graves pour l'être. C'est pas pire qu'avant. C'est pareil. Nous ne sommes plus en colère, nous sommes résignés. C'est pire.
Un "prestataire en CDI" pour redonner son lustre au Plumaçon ? Il n'y croit pas. Il y a trop souvent cru. Si les toreros sont des spécialistes en toreo, ils n'entendent rien au public. Ils n'ont jamais mis un orteil dans des gradins. Elevés à la "sauce callejon", ils ne nous comprennent pas. Ils ne connaissent pas nos goûts, ils ne connaissent pas nos attentes. Ils ne connaissent rien de nous, de notre ferveur, de notre diversité... Et ils ne veulent pas les connaitre. Les exemples sont légions.
Tant que le système est gangréné par une minorité désireuse de s'enrichir coûte que coûte au détriment du plus grand nombre, tant qu'on acceptera ça, "tu peux mettre qui tu veux". On verra bien une bonne corrida de temps en temps mais c'est tout. Comme maintenant.
Et au lieu d'être un lieu magnifique d'expression, de passion, d'échanges et d'émotions, nos arènes seront le plus souvent comme ce dimanche soir : terne, grise, abattue, désespérément triste. Une cavalcade de clowns tristes.
L'histoire ne dit pas combien de temps il est resté là, prostré. On l'y a laissé. On n'a pas voulu le déranger. Il ne voulait pas parler. Il a dû se rechausser à la nuit tombée, essuyer ses yeux, et faire comme si de rien n'était...
Pour Janus.
